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PSYCHOLOGIE DE LA VIE AMOUREUSE
Jean-Pierre Deffieux
Le thème qui m’a été proposé pour cette conférence est une invitation à relire les trois
articles de Freud dans le recueil de La vie sexuelle rassemblés sous le titre
« Contribution a la psychologie de la vie amoureuse ».
Ces trois articles s’intitulent :
- « Un type particulier de choix d’objet chez l’homme » (1910)
- « Sur le plus général des rabaissements de la vie amoureuse » (1912)
- « Le tabou de la virginité » (1918)
Ils sont à lire, en ce qui concerne notre sujet, au moins avec deux autres : celui qui se
trouve dans le même recueil « Pour introduire le narcissisme », paru en 1914, et le cas
de « L’Homme aux loups » écrit par Freud fin 1914 ou début 1915.
Une observation scientifique
Tout d’abord, nous avons à nous demander ce que Freud entend dans ces articles par
« psychologie de la vie amoureuse », et pourquoi il rassemble sous ce titre ces trois
articles, dont au premier abord on ne voit pas tout de suite les fils qui les relient.
Aujourd’hui, la notion de psychologie de la vie amoureuse ne nous étonne pas, c’est un
terme galvaudé dont nous subissons les effets dès la prime adolescence, sous toutes les
formes médiatiques possibles. Mais est-ce de cela dont Freud veut nous parler ? Est-ce
de la compréhension des sentiments ? Certainement pas. Freud prend le terme de
psychologie au sens du 18ème siècle, c’est-à-dire au sens de l’étude scientifique des
phénomènes de l’esprit. Il dit en effet, dès le début du premier article, que jusque-là
c’étaient les poètes, les écrivains, qui dépeignaient les conditions déterminant l’amour.
Pensons à Stendhal, à Balzac, à Musset, à Baudelaire et à bien d’autres. Mais, ce que
prétend établir Freud sous le terme de psychologie de la vie amoureuse, c’est très
exactement, je le cite, « soumettre la vie amoureuse à un traitement rigoureusement
scientifique ».
Ajoutons qu’il faut distinguer ici l’amour et la vie amoureuse. Dans l’esprit de Freud, la
vie amoureuse concerne l’amour, certes, mais aussi le désir et la jouissance. Même si ce
n’est pas posé ainsi par lui, cela apparaît nettement dans ces trois textes. C’est d’ailleurs
bien ainsi que Lacan lira ces articles dans plusieurs de ses séminaires.
Dans le premier article, à partir de son expérience des cures et de l’accumulation des cas
qu’il rencontre, Freud répertorie un type de sujets chez lesquels on retrouve, avec
certaines variantes, les mêmes conditions d’amour : pour que le sujet masculin tombe
amoureux, pour qu’il s’éprenne d’une femme, il faut qu’il y ait chez la partenaire
certains traits fixés, toujours les mêmes d’une femme à l’autre. Les deux conditions
essentielles de ce type sont : la condition du tiers lésé et l’amour de la putain.
- La condition du tiers lésé : le sujet ne choisit jamais comme objet une femme libre.
C’est la condition nécessaire pour déclencher l’amour, il y a toujours un autre homme
qui est lésé dans l’histoire.
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- L’amour de la putain : assez souvent, vient s’ajouter une deuxième condition associée
à la première, à savoir que cette femme ait une mauvaise réputation quant à sa vie
amoureuse et sexuelle.
Freud remarque avec beaucoup de finesse que chaque relation est vécue avec une
grande fidélité de la part de l’homme, comme une relation qui doit rester unique. Cela
n’empêche pas, la plupart du temps, que cette relation se trouve prise dans une longue
série, dans laquelle chacune est vécue avec la même conviction d’unicité et de fidélité.
Les objets viennent ainsi se substituer les uns aux autres, « l’une étant le décalque de
l’autre ». Le sujet se trouve pris dans un automatisme de répétition à partir des traits
fixés que Freud relève. On pourrait aller jusqu’à dire que n’importe qui fait l’affaire,
pourvu qu’il y ait les conditions susnommées. L’homme dans ces cas ne choisit pas une
femme pour sa singularité.
Freud donne comme raison de ce choix le fait que le sujet reste libidinalement fixé au
lien maternel qui a été son choix d’objet primordial, et qu’il détermine ses choix
amoureux par identification ou par opposition au choix maternel, et en tout cas pas
indépendamment. Par exemple, s’il choisit une femme non libre ou/et plus âgée, c’est
pour répéter le choix maternel, la mère ayant une grande différence d’âge avec lui et
étant déjà prise par le père. De même, s’il choisit une femme à la réputation douteuse,
c’est par opposition à la mère qui apparaît comme pure. Toutes les femmes, à un degré
plus ou moins important, sont alors des substituts de la mère.
Condition oedipienne de la vie amoureuse
La structure symbolique de l’Œdipe, que Lacan a écrit par la formule de la métaphore
du Nom-du-Père, rend le sujet esclave d’un certain destin de choix amoureux et l’inscrit
dans un automatisme de répétition. Il faut bien comprendre que la structure oedipienne
suffit à soumettre le sujet à certaines conditions d’amour. C’est bien pourquoi Freud, à
la fin de l’article, généralise le type qu’au départ il proposait comme circonscrit à
certains sujets. Il l’élargit à la grande majorité des hommes avec plus ou moins
d’intensité et avec plus ou moins de variantes. Il le pose comme une conséquence même
de la structure oedipienne. Bien entendu, tous les hommes ne choisissent pas des
femmes déjà engagées avec un autre homme et des femmes aux mœurs légères. Ces
deux traits de conditions d’amour ne sont pas en eux-mêmes généralisables, tout homme
n’est pas contraint à ces conditions-là. Mais Freud prend là un exemple pour étayer sa
thèse parce qu’il a rencontré dans sa pratique un certain nombre de cas relevant de ces
exemples.
A partir de là, on peut, avec Lacan, en produire une formule beaucoup plus
généralisable, en disant par exemple pour l’homme que là où il aime il ne désire pas, et
là où il désire il n’aime pas. C’est une formule beaucoup plus généralisable (avec toutes
les variantes et les variations d’intensité qu’il faut y mettre) que l’on peut déduire du
texte de Lacan « La signification du phallus » et qui est citée comme telle par JacquesAlain Miller dans son article de La Lettre Mensuelle sur « Les labyrinthes de l’amour ».
Et on voit bien que cette formule peut se déduire de la fixation libidinale à la mère : là
où il aime une femme, sur le mode oedipien de l’amour maternel, il respecte, il idéalise,
donc il est plus ou moins en difficulté avec le désir ; au contraire, son désir n’est jamais
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aussi fort que lorsqu’il s’adresse à une femme qui ne peut pas avoir de trait commun
avec la mère, d’où la connotation de femme légère, impure. D’où la difficulté de
conjoindre les deux sur le même objet.
Je pensais, en étudiant cet article de Freud, combien il pouvait s’appliquer de façon
étonnante à la vie des jeunes dans certaines zones de banlieues urbaines dont on ne
cesse d’entendre parler. On sait à quel point dans ces lieux la fonction paternelle est
défaillante. Or, on y retrouve de façon très prégnante le contraste entre le respect de la
mère et de la sœur – les frères en particulier tenant à protéger la pureté de leur sœur, en
leur interdisant tout écart, en veillant souvent avec sévérité à ce qu’aucun garçon ne les
approche – et par ailleurs chez les mêmes sujets, l’exercice d’une sexualité brutale et
dégradante à l’égard de filles étiquetées par toute la cité comme des « salopes », comme
des filles à tournantes.
Conditions singulières de la vie amoureuse
Revenons à cet article. Freud n’y aborde qu’un versant des conditions d’amour, le
versant structural oedipien chez l’homme. Il y a d’autres conditions d’amour qui, elles,
sont propres à chaque sujet, qui lui sont absolument singulières et qui concernent non